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Le mauvais présage du pare-brise propre

Dernière mise à jour : 15 août

Par Jessica Jousse Baudonnet.


Vous êtes l’heureux/se propriétaire d’une automobile ? Vous vous apprêtez à prendre la route des vacances, ou simplement à rouler quelques kilomètres ? Votre voiture dispose d’une plaque d’immatriculation à l’avant (j’ose espérer que oui) ?

Alors vous pouvez aider la science !


Je vous explique.

Si vous lisez des articles de blog comme celui-ci, vous êtes sûrement en âge d’avoir fait vous-même le constat suivant (pas d’offense, j’ai moi-même l’âge à partir duquel les bougies ne rentrent plus sur le gâteau) :

Il y a encore vingt ou trente ans, un long trajet sur l’autoroute vous garantissait le plaisir de redécorer l’avant de votre voiture d’une farandole d’insectes incrustés.

Aujourd’hui, la corvée de nettoyage post-trajet s’est drastiquement raccourcie. Et ce n’est pas juste une vue de l’esprit ou l’idéalisation d’une époque révolue, en 27 ans, la biomasse totale des insectes volants mesurée dans les zones protégées de l’Allemagne a diminué de plus de 75 % (1).


En France, on traîne un peu pour les relevés à grande échelle, et justement, c’est là que vous intervenez ! L’idée est la suivante : la quantité d’insectes qui s’écrasent sur les pare-brise ou plaques d’immatriculation lors des trajets en voiture est effectivement un très bon indice pour suivre les populations d’insectes. Et puisqu’il y a 40 millions de voitures en France (2), nous avons autant de petits laboratoires roulants.


Comment ça marche ?

Grâce à une application, Bugs Matter, déjà déployée en Angleterre et en Irlande, et arrivée en France cette année. Le principe est très simple : avant un trajet, nettoyez votre plaque d’immatriculation et prenez-la en photo, puis à la fin de votre trajet, reprenez la plaque en photo. Tout trajet compte, y compris avec zéro « impact ».

Si vous suivez cette chaîne, c’est que vous aimez les insectes. Vous aurez donc probablement un petit pincement au coeur en faisant la somme des malheureux aplatis. Dites-vous qu’au moins, si ce trajet n’a pas pu être évité, il servira à mieux comprendre le déclin des insectes (qui n’est pas principalement lié aux plaques d’immatriculations lancées à grande vitesse).


Voici les liens de l’appli :


Et alors, on peut espérer quoi comme infos ? Les données collectées au Royaume-Uni et en Irlande depuis 2004 grâce aux comptages sur voiture (qui se faisaient historiquement via une enquête papier) montrent un déclin marqué des insectes volants au Royaume-Uni : environ 78 % de baisse entre 2004 et 2023. L'étude n'a pas encore assez de recul pour établir une tendance définitive, ce qui justifie la poursuite de la collecte année après année et son élargissement géographique.


Une petite précision qui semble superflue mais que je fais quand même pour que les gens de mauvaise foi ne m’accusent pas de prôner l’utilisation de véhicules thermiques : de grâce, n’allez pas rouler exprès pour faire des mesures.


Vous avez jusqu’au 30 septembre pour participer à la saison de comptage 2026 !


Le point confidentialité

Parce que c'est important de savoir ce qu'on télécharge, j’ai lu les petites lignes pour vous :


Qui est derrière l'application ? Le projet est porté par Kent Wildlife Trust et Buglife, avec le soutien de la RSPB. Le développement technique de l'application a été confié à Natural Apptitude Ltd, une entreprise britannique spécialisée dans les outils numériques pour les sciences participatives. Les données sont hébergées sur Coreo, la plateforme que Natural Apptitude développe et met à disposition de plusieurs projets environnementaux, pas seulement Bugs Matter.


Ce que l'application demande comme données ? L’application collecte la localisation, des informations de contact, le contenu généré par l'utilisateur (photos de plaque, comptages) et des données de diagnostic technique. Ces données ne sont pas utilisées à des fins de pistage publicitaire inter-applications, contrairement à beaucoup d'apps grand public. La suppression de compte reste possible directement depuis l'application.


Un point de vigilance sur la confidentialité : un commentaire visible sur l'App Store indique (en gros) « ouais c'est pas cool, ça dit que les données peuvent être traitées lorsque cela sert les «  intérêts commerciaux légitimes » de l'entreprise ». Du coup j'ai creusé parce que ça semble en décalage avec un projet présenté comme d'intérêt public.

La mention des «intérêts légitimes » est une base juridique standard du RGPD, que l'on retrouve dans la quasi-totalité des politiques de confidentialité y compris pour des services associatifs. Dans le texte de Coreo, elle couvre surtout la gestion de compte, l'envoi d'informations administratives et l'application des conditions d'utilisation, pas la finalité scientifique du projet elle-même. Cependant Coreo indique ne pas vendre les données à des tiers, mais précise pouvoir les partager avec des prestataires techniques, des partenaires commerciaux, ou dans le cadre d'une fusion ou d'un rachat de l'entreprise. Rien d'alarmant en soi pour ce type d'outil, mais c’est à savoir.


J’en profite pour rajouter que je n’ai aucun intérêt commercial à vous présenter cette app, et que si j’avais une voiture, je participerais moi-même. Je relaie l’info car les sciences participatives me semblent importantes dans un domaine qui peine à récolter des données faute d’intérêt.


Sur ce, je vous souhaite de très bonnes vacances si vous avez la chance d’en prendre, de belles observations naturalistes cet été, et je vous dis à bientôt !






 
 
 

1 commentaire


Ava
il y a 5 jours

Merci pour le partage ! et la lecture des clauses de confidentialités... J'adore les sciences participatives, j'y penserai les rares fois où je prendrai la voiture avant fin septembre.

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